Faustin
Linyekula

Danseur, chorégraphe, Faustin a toujours un livre en tête, un chemin à prendre, un sac tout juste défait à refaire, une histoire à raconter, une ruine à reconstruire… entre Kisangani où il vit aujourd’hui au Nord-Est de la République Démocratique du Congo (ex Zaire, ex Congo Belge, ex état indépendant du Congo…), Kinshasa, Paris et le monde…
Tout commence à Kisangani avec une bande d’amis férus de théâtre, emmenés par un grand frère, Kabako, qui mourra quelques années plus tard à la frontière de l’Ouganda d’une maladie si anachronique en cette fin de Xxe siècle qu’elle n’ose plus guère dire son nom, la peste…
En 1993, Faustin quitte un pays de fin de règne, celui de Mobutu, et de début de chaos et s’installe à Nairobi, débutent les allers et retours entre l’Ouganda, le Rwanda et le Kenya. En 1997, il fonde avec Opiyo Okach et la danseuse Afrah Tenambergen la première compagnie de danse contemporaine au Kenya, la compagnie Gàara.
Leur première création, Cleansing, exploration des symboliques du nettoyage et de la purification, est primée aux Rencontres chorégraphiques africaines de Luanda en 1998. Malgré le succès, Faustin quittera la compagnie quelques mois plus tard pour reprendre la route entre la France, l’Afrique du Sud, la Réunion et la Slovénie.
Accueilli au Festival Tanzwochen de Vienne en 2000, il présente Tales off the Mud Wall en collaboration avec le chorégraphe sud-africain Gregory Maqoma.
En juin 2001, s’impose le retour au Zaïre devenu République Démocratique du Congo, déchiré par plusieurs années de conflits meurtriers, le séjour de quelques semaines pour un atelier devient un choix de vie. Faustin met sur pied les Studios Kabako, structure pour la danse et le théâtre visuel, « un lieu où l’on travaille, où toujours on cherche et où parfois l’on trouve, un lieu où l’on doute mais où certains soirs s’impose une certitude ». Avec quatre danseurs qu’il forme, il crée Spectacularly Empty, carnet un rien désespéré d’un retour au pays natal… Commence alors une longue réflexion sur l’histoire et une mémoire collective sans cesse malmenée, bousculée, détournée par des dirigeants en mal de légitimité, incapables de penser le futur, mais aguerris à l’art délicat du passe-passe et de la substitution.
Suivent Triptyque sans titre (2002), Spectacularly Empty II (2003), recréation pour boîte noire de la pièce de 2001, Radio Okapi (2003-04), performance mêlant radio en direct et artistes invités, chaque soir différents, Le Festival des mensonges (2005-06), veillée autour de la petite et de la grande histoire du Congo et The Dialogue Series: iii. Dinozord (2006).
Faustin travaille aujourd’hui sur la mise en scène d’un texte de Marie-Louise Bibish Mumbu La Fratrie errante, présenté à Paris et à Limoges (2007). En 2008, il mettra en scène pour la Comédie Française (Studio Théâtre) et le Théâtre de Gennevilliers Bérénice de Jean Racine.
À côté des Studios Kabako, Faustin Linyekula crée en janvier 2003 une pièce pour six danseurs de hip-hop, commande du Festival Suresnes Cités Danse,Telle une ombre gravée dans la poussière et imagine pour Sylvain Prunenec un solo-miroir dans le cadre du Vif du sujet-Festival d’Avignon 2003, Si c’est un nègre / autoportrait.
En 2005, le Centre national de la danse lui confie une Carte blanche : naît alors Le Cargo avec à son bord une dizaine de compagnies de six pays d’Afrique, soit une trentaine d’artistes qui montrent leur travail à Paris, souvent pour la première fois. Une carte blanche réitérée en 2007 au KVS Theater à Bruxelles avec des artistes d’Afrique, mais aussi d’Europe, danseurs, performeurs et musiciens…
Faustin enseigne régulièrement en Afrique, aux États-Unis et en Europe (Parts, CNDC Angers, Impulstanz…). Il participe à un groupe de réflexion, The Africa Centre, avec une dizaine d’autres artistes et intellectuels africains autour de la création d’un centre d’art près du Cap (Afrique du Sud). Faustin souhaite aujourd’hui poursuivre sa démarche dans sa ville natale de Kisangani, où il travaille à la mise en place d’un réseau de centres culturels de quartier dans différentes communes de la ville, autour du spectacle vivant et de l’audiovisuel. Et toujours la formation au cœur du projet.