Les grandes lignes
2006, Faustin revenu au Congo en 2001, à une époque où Kisangani était toujours en zone rebelle, choisit de s’installer à Kisangani. Il y crée The Dialogue Series: iii. Dinozord.
Un an plus tard (2007), il y met en scène un texte de Marie-Louise Bibish Mumbu La Fratrie errante, avec trois comédiens de Kisangani et trois comédiens de Kinshasa.
Très vite cependant, s’impose la nécessité d’y installer un projet plus vaste, non seulement autour de la danse, mais aussi autour de l’image (vidéo, cinéma) et de la musique, l’une des seules scènes artistiques vivantes aujourd’hui dans la ville, notamment grâce à l’émergence du hip-hop pendant les années de guerre…Comment inscrire un travail, et un parcours, celui de Faustin, danseur, chorégraphe, metteur en scène, enfant de Kisangani, dans un territoire donné ? Comment montrer qu’il est possible aujourd’hui dans cette ville et dans ce contexte difficile de développer des projets viables, tant au niveau artistique qu’économique?
Rien moins que faire de Kisangani, la capitale culturelle du Congo… Malgré des difficultés liées à l’enclavement, le contexte reste propice, Kisangani est une « vraie » ville, centre administratif et économique sur le retour certes, mais les infrastructures et les possibilités sont toujours là…Très loin des 8 millions d’habitants de Kinshasa, elle offre un cadre de vie et d’actions moins complexe et moins saturé que la capitale : circulation fluide, prix fonciers et immobiliers encore raisonnables, une certaine qualité de vie aussi… et permet une implantation que la compagnie n’aurait pu réaliser sur Kinshasa.
Politiquement, il s‘agit aussi de montrer dans un pays encore économiquement et politiquement très centralisé que Kinshasa n’est pas le Congo et que des projets dotés d’un rayonnement national et international peuvent s’installer ailleurs. La position géographique de la ville permet en outre le développement de liens forts avec l’Est : Goma, mais aussi le Rwanda, l’Ouganda ou le Kenya…
COMMENT ? / LES CHAMPS D’ACTION
En encourageant des démarches personnelles en prise directe avec des contextes et environnements singuliers : comment réapprendre à se regarder et à se projeter dans cette ville aujourd’hui ? Comment se saisir de tout ce qui nous entoure, des rites traditionnels transmis par les grand-mères à l’Internet, en ouvrant des imaginaires et en affirmant des démarches personnelles propres ?
Concrètement, nous…
Soutenons des démarches de création dans les domaines du spectacle vivant (danse, théâtre, musique), mais aussi de l’image et du son, en offrant des possibilités de pratique : mise à disposition des outils, accompagnement administratif et logistique, prêt d’espaces de travail, soutien financier en terme de production et soutien à la diffusion locale et au-delà…
Privilégions la transmission par l’organisation régulière d’ateliers. Dirigés par des artistes congolais mais aussi venus de l’étranger, dans le domaine du théâtre, de la danse, de la musique et de la vidéo.
Développer un encadrement technique par des formations proposées autour du son, de la lumière et de la vidéo suivies d’applications directes au sein des projets artistiques développés dans la ville.
Développer un accompagnement de ces démarches de création par des formations en gestion et production de projets culturels, toujours suivies de leurs applications directes au sein des projets artistiques développés in situ.
Mettre en lien en provoquant des rencontres avec d’autres artistes aux démarches singulières fortes, du Congo, mais aussi d’autres pays d’Afrique et plus largement de l’étranger par la mise en place d’ateliers et par une politique de résidences locales et internationales.
Offrir des clés de compréhension et de lecture à un large public par une politique active de diffusion, dans un premier temps essentiellement autour des démarches artistiques initiées sur Kisangani soit par des artistes locaux, soit par des artistes invités dans le cadre d’ateliers ou de résidences et bien sûr autour des créations des Studios Kabako.
Créer un réseau informel avec d’autres centres culturels au Congo (Espace Yole ! Africa à Goma) et à l’étranger : Culturarte à Maputo, l’Afrique du Sud, le KVS Theater à Bruxelles, MAPP à New York…
COMMENT ? / 3 CENTRES CULTURELS EN RESEAU
Comment rêver à Kisangani et inscrire un signe fort dans la ville : montrer qu’il est possible d’imaginer, de construire ici, puis de partir montrer et témoigner de ce travail à travers le monde pour revenir et poursuivre le chemin…
Un bâtiment, a fortiori, une série de trois bâtiments, constitue donc un signe fort, d’autant plus fort que la ville est dépourvue d’infrastructures culturelles. Dans un tel contexte, chaque geste posé doit pouvoir servir d’exemple à la communauté : montrer que c’est possible, et que c’est possible localement, dans un pays où toute légitimité vient le plus souvent de l’international.
Pourquoi trois ? Il s’agit de créer un maillage de la ville et des différentes populations et une circulation d’actions, de projets et de personnes entre les centres, un peu à la manière des techniques d’acupuncture.
Poursuivre aussi cette politique de décentralisation, pas à Kinshasa, mais à Kisangani, pas uniquement à Makiso, centre administratif et économique de la ville, mais atteindre les périphéries et les lieux de vie, comme Lubunga, cinquième commune de la ville, la plus populeuse et pourtant oubliée de l’autre côte du fleuve…
Nous imaginons des circulations fortes entre les centres même si chacun pourra affirmer des spécificités propres liées notamment à la nature des terrains acquis et à l’environnement dans lequel il s’inscrit. Deux terrains ont déjà été acquis par l’association.
Un premier sur la commune de Makiso sera consacré à la diffusion : spectacles, concerts, projections. Un terrain de 700 m2 a déjà été acquis.
Un deuxième centre situé dans le quartier de Simisimi à l’Est de la ville, non loin du fleuve, et acquis en décembre 09, offrira sur un peu plus de 4000 m2 un espace de résidence, soit un studio d’enregistrement et de mastering, un studio de post-production vidéo, un espace de répétition pour la musique, un studio danse/théâtre et des hébergements pour 8 personnes.
Enfin, le troisième sur Lubunga, très ouvert, se tournera plus particulièrement vers des actions de proximité et des pratiques amateurs auprès de publics très larges et ce dans une commune pratiquement dénuée de toute infrastructure et pour laquelle les politiques n’imaginent plus rien depuis très longtemps. Ou comment parler à la ville de sa partie la plus fragile ?
Les projets de Makiso et de Simisimi sont confiés à l’architecte allemande Bärbel Müller. Nous travaillons également avec l’association CRATerre, laboratoire de recherche et d’enseignement de l’École d’architecture de Grenoble, la seule école en Europe ayant développé une filière sur l’architecture en terre.
Ces acquisitions s’accompagnent depuis trois ans d’une politique active d’équipement. Ainsi, une partie importante du prix Prince Claus pour la culture et le développement reçu par Faustin en décembre 2007 a été consacrée à l’équipement : vidéo, mais aussi lumière, des instruments de musique, ainsi qu’un équipement son unique à Kisangani, permettant d’assurer dans des conditions professionnelles des concerts jusqu’à 3000 personnes.
Les Studios Kabako devraient pouvoir récupérer en 2011 grâce à Convoi exceptionnel du matériel de seconde main (tapis de danse, projecteurs…).
Enfin, nous avons bénéficié d’une aide de la Coopération Technique Belge dans le cadre de ses micro-interventions pour l’implantation d’un studio d’enregistrement son sur Kisangani.
Une maison louée au centre de la ville accueille désormais le seul studio d’enregistrement professionnel de l’Est du pays, mais aussi des bureaux et des espaces de stockage pour le matériel.